Ressemblance fortuite
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Le 14 octobre, à Antsohihy, on fêtait le 68e anniversaire de la proclamation de la République. Pour l’occasion, une nouvelle statue de Philibert Tsiranana, premier président de la République, surnommé le père de l’indépendance, a été inaugurée, destinée à remplacer l’ancienne. Le lendemain matin, elle était démontée. Une nuit de mandat, voilà un record que personne n’est près de battre, d’autant plus cocasse que l’homme qu’elle représentait a gouverné bien plus longtemps. Le problème ne tenait ni à la date ni au lieu, mais au visage. Sur les réseaux sociaux, certains ont parlé de scandale, d’autres ont préféré en rire, et les avis ne divergeaient que sur la gravité de l’affaire : presque personne ne retrouvait les traits du premier président. La famille a fait ce que font les familles devant une photo ratée : elle a demandé qui c’était.
Une descendante a résumé la situation en une phrase qui mériterait d’être gravée au pied du socle : « Nous ne savons même pas de qui il s’agit. » On avait élevé un hommage à l’homme de l’indépendance, et c’est peut-être la première fois qu’un hommage ait eu besoin de se présenter. Il s’est bien trouvé quelques soi-disant experts en art contemporain pour expliquer qu’une statue n’a aucune obligation de ressembler à son modèle. La thèse est séduisante, elle permettrait de faire passer n’importe quel ratage pour une œuvre. Mais une statue de commémoration n’est pas une installation d’artiste : c’est un portrait offert à tout un pays pour qu’il reconnaisse le premier président de la République. Chacun est libre d’aimer l’art abstrait, mais on n’inaugure pas le portrait du premier président pour que sa propre famille se mette à chercher le modèle. Une statue n’a pourtant qu’un seul métier, qui est de ressembler. Elle n’a ni horaires, ni…
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